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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 01:27

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/f/f4/Lou_Reed-New_York_%28album_cover%29.jpg

 

Tracks : Romeo Had Juliette ; Halloween Parade ; Dirty Blvd ; Endless Cycle ; There Is No Time ; Last Great American Whale ; Beginning Of A Great Adventure ; Busload of Faith ; Sick Of You ; Hold On ; Good Evening Mr. Waldheim ; Christmas In February ; Strawman ; Dime Store Mystery

 

Le 27 octobre dernier s'éteignait Lewis Allan Reed à l'age de 71 ans. Stupeur dans le monde du rock. Cette musique a connu bien des idoles, souvent parties trop tôt. Mais Lou Reed, en presque 50 ans de carrière avait gagné une place bien particulière dans le cœur de l'amateur de rock moyen. Les hommages pleuvaient sur les réseaux sociaux. Le plus souvent accompagnés de morceaux, notamment du Velvet Underground. I'm Waiting For The Man, Venus In Furs, Heroin, Walk On A Wild Side ou Perfect Day revenaient le plus souvent. Autant de morceaux qui donnent un vague aperçu de ce qu'était Lou Reed : un des plus fins paroliers du rock et un de ses expérimentateurs les plus acharnés. Cette voix toujours tranchante, partagée entre rage et mépris, débitait des textes à nuls autres pareils. Bien peu ont su dans le rock chanter les villes et leur vicissitude avec une telle finesse. Les bas fonds urbains, peuplés de prostitué(e)s, de camés, de gens dans la misère, déconnectés les uns des autres, autant de sujet qu'on retrouve tout au long de la carrière de Lou Reed, du premier album du Velvet Underground à Lulu. A-t-on écrit blues plus urbain qu'Im Waiting For The Man? A-t-on écrit album plus cru et sinistre que Berlin? Pourtant, une ville a surtout marqué Lou. La sienne, celle où il est né, où il vécut et où il est mort. New York.

 

Ce n'est donc pas un hasard si c'est vers cette ville qu'il est revenu puiser son inspiration à la fin des années 80. Cette décennie est en effet un peu particulière pour Lou Reed. Après les 70's de tous les excès (Metal Machine Music, les albums live d'une violence inouïe) et de toutes les gloires (Transformer ; Berlin), Lou est en effet un peu « rentré dans le rang ». Il est marié, joue moins de sa bisexualité, apparaît moins drogué en public et s'est débarrassé de son look de néo nazi qu'il arborait vers 1974. Et depuis The Blue Mask en 1982 (qui n'était déjà pas un album magistral non plus), sa discographie ronfle un peu. C'est avec l'aide de son nouveau guitariste Mike Rathke qu'il décide donc de replonger à hauteur du bitume New-Yorkais de cette fin de décennie pour se relancer.

Le sublime Romeo Had Juliette pose d'emblée le décor : goudron, gaz d'échappement, sirènes de police. Les guitares électriques sont tranchantes et nerveuses, laissant tourner en boucle quelques riffs simples, très inspirés par le blues, parfois par la folk. C'est ce son très dépouillé, électrique et nerveux (« You can't beat two guitars, bass, drum » dit Lou Reed sur la pochette) qui va donner le lustre à l'ensemble de cette ballade dans les rues de New-York. Et qui sert d'écrin à chacune des quatorze scénettes que Lou nous narre.

 

New York marque en effet un certain tournant dans sa carrière. Son fameux « parlé-chanté » qui est devenu au fil des ans sa signature vocale est ici à son paroxysme. Lou semble plus débiter son texte que réellement le chanter. Et il chante très peu ici au final. Il narre, il nous raconte sa ville, ses visages plus ou moins cachés au fond des ruelles. Le poète et le conteur ont pris le pas sur le chanteur. Ce qui lui laisse toute latitude pour nous faire pénétrer dans les appartements crasseux et les hôtels miteux comme le Wilshire Hotel (Dirty Blvd) ou nous emmener près de ce corps encore chaud qui git au milieu de Central Park (Hold On).

 

Lou Reed restant lui-même, les sujets sont effet des plus sombres et des plus crus. Le sida (Halloween Parade et son défilé de dragqueens), le génocide des indiens et le racisme américain (Last Great American Whale), les règlements de compte dans les rues (Hold On), la détresse des rescapés du Vietnam (Christmas In February), la maltraitance familiale et la drogue (Endless Cycle), tout y passe... Grand saut dans le noir. Tous ces textes sont superbes, oscillant entre réalisme noir, tristesse et rage. Lou Reed se fait ici le plus urbain et réaliste des bluesman. Et il n'hésite pas à régler ses comptes violemment sur ce disque avec les incisifs et sans concession There Is No Time (un des moments de bravoure de l'album, de la pure rage), Good Evening Mr. Waldheim (le président autrichien de l'époque et ancien SS) et Busload of Faith, tandis que la contemplation et la tristesse s'invitent sur Christmas In February ou sur le faussement joyeux Sick Of You, porté par des guitares boogie/blues magnifiques.

 

Ces quatorze blues urbains sont autant de superbes clichés de la grande pomme de la fin des années 80. Tous sont justes. Certains sont un poil plus brillants (Romeo Had Juliette ; There Is No Time ; Last Great American Whale ; Chrismas In February), mais aucun n'est mauvais. L'album qui est quasiment conceptuel s'écoute d'ailleurs en entier, dans l'ordre. « Comme un livre ou un film » prévient Lou dans les notes de pochette. On connaissait ses dons de conteur depuis I'm Waiting For The Man sur le premier disque du Velvet. Ce n'est peut-être pas un hasard si on retrouve Maureen « Moe » Tucker (batteuse du Velvet) qui s'invite ici sur Last Great American Whale et Dime Store Mystery. New York est tout simplement un album majeur et un des tous meilleurs disques de Lou en solo. C'est même mon préféré après Transformer et Berlin. Le poète peut partir en paix. Car avec ce disque, il a tout simplement été un des plus grands hérauts de sa ville.

 

17/20 (NB : La note exprime juste le plaisir que j’ai ressenti personnellement à l’écoute, non pas une note de la technique musicale, ou même de la valeur réelle de l’album en général. Elle permet juste d’indiquer mon échelle de plaisir ressenti ici.)
 
Moi-même.

Published by Moi-même - dans Rock
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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 23:34

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/7/7c/Jake-Bugg-album.jpg

 

Tracks : Lightning Bolt ; Two Fingers ; Taste It ; Seen It All ; Simple As This ; Country Song ; Broken ; Trouble Town ; Ballad Of Mr Jones ; Slide ; Someone Told Me ; Note To Self ; Someplace ; Fire

 

“La valeur n'atteint pas le nombre des années”. On oublie en effet bien trop souvent à quel point certaines œuvres ont été créées par de jeunes gens. Ainsi Le Bateau ivre fut écrit par Arthur Rimbaud alors qu'il n'avait que 17 ans. Verlaine écrivit Les Poèmes Saturniens alors qu'il n'avait que 22 ans. A cet age là, Jim Morrison avait déjà écrit et chanté sur le premier album des Doors tandis qu'Alex Chilton avait déjà gravé à 16 ans un succès immortel avec The Letter des Box Tops. Le rock et l'art sont aussi (et surtout?) des questions de jeunes, c'est entendu.

 

Pourtant lorsque débarque fin 2012 un jeune homme de Nottingham du nom de Jake Bugg, tout le monde est surpris par ce phénomène. Il faut dire que le jeune garçon, visage poupin du lad en devenir et guitare folk en bandoulière détonne carrément dans la représentation qu'on se fait d'un chanteur de 18 ans en 2012. Son histoire est suffisamment belle pour séduire. Et a tout d'une légende en devenir. C'est à l'age de 13 ans en regardant un épisode des Simpsons qu'il est frappé par la chanson Vincent de Don McLean. Au même moment, son oncle lui offre une guitare folk et lui apprend quelques accords. La vocation nait. Dans le quotidien morne des HLM de Clifton, l'adolescent commence à écrire ses premières chansons et fait ses premières armes à la basse au sein d'un groupe. Mais ce sont finalement ses compositions qui attirent l'attention de la BBC en 2010, puis qui l'envoient à Glastonbury en 2011. Un album ne pouvait que voir le jour, et ce fut le cas en Angleterre le 15 octobre 2012, lorsque paraît Jake Bugg, son premier opus.

 

Ce qui frappe d'emblée, c'est la sobriété absolue de ce titre et de cette photo en noir et blanc du jeune homme. Sobre et épurée, cette pochette est finalement à l'image du contenu. Dès Lightning Bolt, on est marqué par la brutale simplicité du morceau. Une batterie, une guitare acoustique, une guitare électrique pour le refrain : nous voici en train d'écouter un titre country-folk en 2013. Et de plutôt bonne qualité en plus. Johnny Cash, Bob Dylan et Donovan sont de la partie tout au long de l'album et on ne s'en plaint pas.

 

Mais Jake passe à la vitesse supérieure dès le titre suivant, Two Fingers. C'est ici que la formule archi basique de sa musique prend toute son ampleur. Sur cette base folk, Jake nous offre une mélodie pop de toute beauté. Ce refrain est excellent et son chant plein d'une maturité surprenante. Comment paraître si serein et mélancolique à 18 ans? Comment porter un regard aussi acéré sur sa vie d'adolescent? On retrouve ici la plume des meilleurs paroliers anglais, quelque part entre un Ray Davies et un Alex Turner. L'influence des Arctic Monkeys dans la description de la jeunesse sans but des anglais est indéniable. Et la formule marche ici magnifiquement bien, pour un titre qui est un des meilleurs de la galette. L'influence des Monkeys se fait aussi sentir sur le morceau le plus pêchu du disque, l'électrique Taste It. Ce son de guitare rêche et cette prononciation saccadée font mouche, comme du temps de Arctic Monkeys - Whatever People Say I Am, That's What I'm Not (2006). On souhaite à Jake la même carrière qu'aux singes de l'arctique.

 

Mais là où il tutoie vraiment le génie en ce début d'album, c'est sur Seen It All. C'est le titre qui m'a fait accrocher à ce disque. Autobiographique, ce morceau doté d'un excellent clip raconte une bagarre de rue dans laquelle Jake a poignardé son adversaire... Qui en a réchappé, contrairement à ce qui est raconté ici. On sent ici l'Angleterre prolétaire dans tout ce qu'elle a de meilleur. Véritable chanson de lad, Seen It All est aussi et surtout un bijou pop-folk. Le chant est plein de morgue, mature et puissant, tandis que la guitare acoustique rythmique est entrainante et juste. Lorsque le refrain se lance, appuyé par un peu de guitare électrique, c'est l'ombre des meilleurs songwriters anglais qui plane. Jamais avare d'un bon coup, Noel Gallagher a d'ailleurs recruté le jeune Jake pour la première partie de sa tournée américaine.

 

Après ce bijou, beaucoup de ballades parsèment l'album : Simple As This ; Country Song ; Broken ; Ballad Of Mr Jones ; Slide ; Someone Told me ; Note To Self ; Someplace. Toutes ne sont pas inoubliables loin de là. Et cette abondance de ballades country et folk fait un peu retomber le soufflé, soyons honnête. La deuxième moitié de l'album s'en trouve un peu affaiblie. Mais comment ne pas être ému aux larmes par un titre comme Broken (au superbe clip là aussi)? Ces accords simples et limpides, cette batterie robuste et discrète et ces quelques notes de violons portent une mélodie poignante, où Jake nous narre de son plus beau chant ses peines d'amour avec l'appui de quelques chœurs féminins... Un joyau d'émotion, ni plus ni moins.

 

Ballad Of Mr Jones ne saurait non plus être occulté. Ce titre, qui fait clairement référence à Bob Dylan (Ballad Of A Thin Man met en scène un personnage s'appelant Mr Jones) dégage une ambiance psychédélique et oppressante de toute beauté. Ce morceau à l'univers country semble narrer l'histoire d'un homme exécuté alors qu'il n'avait rien fait... Belle, triste et glauque, cette ode à Mr Jones est à nouveau émouvante à souhait.

 

Enfin, comment ne pas parler de Someone Told Me, superbe ballade désabusée sur l'amour et portée par une guitare cristalline? Là encore, rien de nouveau. Là encore, la formule folk est simple et rêche. Mais là encore, le chant, le texte et les accords limpides de guitare acoustique font mouche.

 

Alors bien sur, le reste du disque est moins marquant que la poignée de titres dont j'ai parlé dans le détail. Mais rien que pour ces quelques titres (Two Fingers ; Taste It ; Seen It all ; Broken ; Ballad Of Mr Jones et Someone Told Me), la galette vaut le détour. De toute façon, sur les quatorze titres qu'elle compte, très peu dépassent les 3 minutes. Et tous sont empreints de cette robuste simplicité inspirée par les plus grands de la country et de la folk. La formule marche à chaque fois. Les talents de conteur de Johnny Cash ne sont pas loin. Le phrasé de Dylan non plus. Et clairement, aucun de ces quatorze titres n'est mauvais et tous sont au moins agréables. Ce qui fait de ce premier disque éponyme de Jake Bugg un album très appréciable. Ce n'est pas l'album de la décennie, ni même de l'année. Mais par sa brutale et efficace simplicité, par les quelques perles qu'il contient, et par le fait qu'il réinvente sans les changer la country et la folk en 2013, il est déjà un coup de force majeur. Et il marque à n'en point douter l'éclosion d'un très grand talent.

 

14/20 (NB : La note exprime juste le plaisir que j’ai ressenti personnellement à l’écoute, non pas une note de la technique musicale, ou même de la valeur réelle de l’album en général. Elle permet juste d’indiquer mon échelle de plaisir ressenti ici.)
 
Moi-même.

 

15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 22:18

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/2/2e/Kveikur_%282013%29_album_cover.jpg

 

Tracks : Brennisteinn ; Hrafntinna ; Ísjaki ; Yfirborð ; Stormur ; Kveikur ; Rafstraumur ; Bláþráður ; Var

 

Les pas du voyageur s'arrêtent. Le parfum du soufre emplit l'air. Odeur caractéristique, à la fois repoussante et attrayante... En Islande, cette senteur d'œuf pourri est présente en bien des lieux. Mais elle n'a rarement été aussi forte qu'ici à Námafjall. Cette soufrière à ciel ouvert située à quelques kilomètres du lac Mývatn dans le nord est de l'Islande dégage une atmosphère difficilement descriptible. Les lieux sont calmes. Incroyablement sereins. Et désolés. Il n'y a que de la roche ici. Au loin se découpent les cratères menaçants du Hverfjall et du Viti, pendant qu'à quelques encablures de là, la ville du diable, Dimmuborgir, attend le pèlerin égaré. Si une paix asphyxiante règne en surface, la menace plane néanmoins autour du voyageur. Sous ses pieds, le sol est littéralement ravagé. Des fumées se dégagent en grande quantité, en amenant cette odeur inimitable du soufre. Le voyageur doit faire attention là où il met les pieds, car des marmites de boues bouillonnantes et d'acide sulfurique se révèlent au fur et à mesure de ses pas, entre deux coulées jaunes. Comme quoi, même le calme le plus serein en surface peut cohabiter avec le chaos le plus total en sous-sol.

 

Est-ce un hasard si Kveikur (qui se traduit par « mèche » en français), s'ouvre par un titre signifiant « soufre » (Brennisteinn) ? Probablement pas. Si on savait les islandais de Sigur Rós capables de délivrer des atmosphères d'une sérénité et d'une contemplation rarement égalées dans le rock, leur septième opus studio se révèle tout autre. Car sous le calme apparent du groupe, le chaos rode, prêt à surgir à la moindre occasion. Et suite au départ du pianiste Kjartan Sveinsson début 2013, le groupe décide (enfin) de laisser ressurgir son coté le plus sombre. Voire le plus sauvage. Le désormais trio a décidé de répondre au très méditatif et austère Sigur Rós - Valtari (2012) sorti l'an dernier en laissant complètement aller sa créativité.

 

Lorsque débute Brennisteinn, l'auditeur n'en croit pas ses oreilles. La rythmique lourde, syncopée et tribale de la chanson est limite proche du rock industriel, évoquant bien plus Nine Inch Nails que Sigur Rós. Jamais la section rythmique n'avait été ainsi mise en avant dans ce groupe. Et rarement elle n'avait été aussi sauvage. Le son de la basse est lourd et gras, et la guitare n'est pas en reste, se joignant à la rythmique pour nous écraser de tout son poids. Seule la voix angélique de Jónsi nous guide à travers ce déchainement d'explosions successives de distorsion. Le soufre a fait la richesse de l'Islande pour ses vertus explosives, lorsqu'il servait à faire de la poudre à canon. Il fait ici toute la richesse du groupe qui se renouvelle comme jamais, évoquant les landes désolées de Námafjal. La rythmique sur laquelle s'appuie le groupe est aussi explosive que le sol de cette région, tandis que la voix de Jónsi évoque la calme beauté qu'il y règne... Dichotomie merveilleuse pour une bombe musicale, qui fut utilisée pour l'anecdote sur le trailer d'Assassin's Creed 4 Black Flag.

 

Comme une lente procession descendant les flancs du Viti, la majestueuse Hrafntinna s'avance, sombre et majestueuse comme l'obsidienne dont elle porte le nom. Si le titre est nettement moins lourd et violent que l'explosif Brennisteinn, il n'en demeure pas moins extrêmement sombre et inquiétant. L'usage des cuivres, majestueux et célestes, s'appuie ici sur une rythmique très marquée grâce à l'emploi des cloches et des cymbales. Comme les pas d'une lugubre procession qui s'avance... L'univers de cette chanson est sombre, et après l'explosion, seule une paix macabre règne. Ne reste que la voix claire et céleste de Jónsi pour nous rassurer.

 

Après deux morceaux aussi sombres et étouffants, la suite devient forcément plus radieuse. A commencer par la sublime Ísjaki, céleste et glaciale complainte qui nous ramène près des icebergs flottants à la surface du Jökullsarlon, ce lagon glaciaire situé à des centaines de kilomètres de Námafjal. Le morceau, qui reprend la formule classique du groupe laisse ici une belle part à la fameuse guitare jouée à l'archet et à la voix de fausset de Jónsi, magistrale ici. La mélodie est sublime, la rythmique discrète mais efficace et au final la formule, bien qu'éculée, marche toujours aussi bien depuis Takk..., leur quatrième album.

 

Le groupe plonge ensuite dans les eaux du lac glaciaire, passant sous la surface (Yfirborð). Des voix déformées se font entendre, comme émises sous l'eau tandis qu'une rythmique très électronique, limite dansante se fait entendre... Le titre (qui regorge de petites subtilités lorsqu'il est écouté au casque) peine néanmoins à me convaincre, tant de par cette rythmique étrange que par le manque d'âme qu'il dégage au final. Et pourtant l'idée de base est plutôt intéressante et originale.

 

De même Stormur, dont le titre plutôt trompeur signifie tempête, me séduit très moyennement. Le morceau manque un peu de patate, ou alors n'est carrément pas assez contemplatif. La rythmique y est assez marquée (ce qui caractérise cet opus par rapport aux autres productions du groupe), mais pas assez, et la mélodie se révèle assez fade. Au final, à naviguer entre deux eaux, cette tempête se révèle n'être rien de plus qu'une brise certes agréable mais peu propice au voyage.

 

Mais la mèche de la bougie (Kveikur) se rallume vite. Très vite. Dans la succession de la trainée de soufre de Brennisteinn, le morceau titre s'enflamme, bien aidé par une nouvelle rythmique martiale un peu électronique. Les incursions les plus industrielles de ce disque sont clairement les plus réussies au final. Et Kveikur, par son rythme lourd et tribal, ses guitares saturées et lourdes, ses cloches lugubres, ses bruitages électroniques et son chant inhumain est oppressant à souhait. Une aura maléfique et mystique de mort se dégage de ce morceau et nous ramène directement dans la gueule du diable, au milieu de ces soufrières si fascinantes... L'odeur du soufre, les bruits de l'acide qui bouillonne, la vue du désert... Kveikur contient tout ça et bien plus encore.

 

Malheureusement, Rafstraumur qui suit est nettement moins prenant. Repartant vers les hauteurs habituelles de la musique de Sigur Rós, le titre marche au final assez peu. Il n'est pas mauvais, mais sa mélodie n'est pas transcendante et l'ambiance qu'il dégage se mêle assez mal avec le morceau précédent. Disons que je trouve dommage de sortir autant par moments des sentiers battus pour ensuite revenir avec ce genre de chansons assez communes pour le groupe. Pas de quoi crier au scandale, surtout que l'alternance titres violents/titres calmes peut très bien marcher (King Crimson - In The Court Of The Crimson King (1969) en est la preuve depuis 44 ans), mais le groupe manque un peu son coup à mon goût.

 

Et il en est un peu de même avec Bláþráður, même si le morceau est un poil meilleur. Posée là encore sur un rythme de batterie assez énergique et une basse très saturée, la chanson laisse libre cours à la voix de Jónsi, qui fait encore des merveilles. Entendu de loin le titre est d'ailleurs particulièrement relaxant. Par contre, écouté au casque, il inclut pas mal de petits bruitages et de petites voix électroniques cachés dans le mix qui peuvent au final se révéler assez angoissants. L'ayant écouté hier soir dans un demi sommeil après avoir regardé le film Silent Hill, je peux vous dire que mon imagination m'emmenait dans les lieux particulièrement lugubres!

 

Mais l'angoissant voyage de Kveikur se finit plutôt bien. A l'abri (Var) de toute cette fureur. Comme beaucoup de morceaux finaux chez Sigur Rós, il s'agit d'un instrumental méditatif et apaisé au piano. Et dans la plus pure tradition d'Avalon, Fjögur Píanó ou des titres chantés comme All Alright et Heysátan, Var est tout bonnement une superbe ballade, apaisante et méditative. A son écoute, on a l'impression d'avoir trouvé refuge dans une des nombreuses grottes cachées qui affleurent sous la surface aux alentours de Námafjall, à écouter chaque note de piano tomber comme une goutte dans un lac d'eau perpétuellement chaude. On a l'impression d'avoir enfin trouvé la paix... Jusqu'à ce qu'un mouvement au fond de la grotte attire notre regard et nous emmène vers un autre voyage... (Sigur Rós - Ágætis byrjun (1999))

 

Enregistré dans l'urgence par un groupe qui a fait un sans-faute dans sa carrière (en omettant son controversé premier disque Von), Kveikur est à nouveau un voyage surprenant. Car rarement Sigur Rós s'était ainsi laissé aller à ses penchants les plus sombres et violents. Il y a une aura de colère et de mort qui plane sur tout ce disque. C'est probablement la galette du groupe qui capte le mieux la nature dichotomique de l'Islande où sous des apparences calmes et sereines se cache une activité tellurique extrême. C'est ainsi l'album de Sigur Rós où la rythmique est la plus marquée et survoltée. Kveikur contient certains des joyaux les plus noirs et les plus bruts du groupe, les superbes Brennisteinn ; Hrafntinna et Kveikur en tête. Rajoutez les deux superbes titres doux et contemplatifs que sont Ísjaki et Var et voilà de quoi proposer un beau voyage à l'auditeur... Malheureusement le reste des titres n'est pas aussi exaltant, ce qui rend Kveikur moins excitant que les autres disques du groupe. L'idée de proposer un opus plus sombre et violent est particulièrement plaisante, mais l'ensemble des titres peine à convaincre. Peut-être le groupe aurait-il gagné à carrément ne proposer que des morceaux dans la veine de Brennisteinn et Kveikur. Mais en attendant, ce sombre Kveikur vaut quand même le voyage, même s'il y a (beaucoup) mieux chez ce groupe.

 

14,5/20 (NB : La note exprime juste le plaisir que j’ai ressenti personnellement à l’écoute, non pas une note de la technique musicale, ou même de la valeur réelle de l’album en général. Elle permet juste d’indiquer mon échelle de plaisir ressenti ici.)
 
Moi-même.

Published by Moi-même - dans Post-Rock ; Ambient
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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 16:48

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/b/b4/Live_at_the_Star_Club%2C_Hamburg.jpeg

 

Tracks : Mean Woman Blues ; High School Confidential ; Money (That's What I Want) ; Matchbox ; What'd I Say (Part I) ; What'd I Say (Part II) ; Great Balls Of Fire ; Good Golly, Miss Molly ; Lewis' Boogie ; Your Cheatin' Heart ; Hound Dog ; Long Tall Sally ; Whole Lotta Shakin' Goin' On

 

En 1964, le rock 'n' roll originel est déjà en train de passer de mode. Les pionniers qui ont connu la gloire entre 1954 et 1959 sont tous sur le déclin. Johnny Cash se noie dans son addiction aux amphétamines. Elvis, métamorphosé par son service militaire, se perd dans des BO de films plus ridicules les unes que les autres. Emprisonné de 1961 à 1963 pour une sombre histoire impliquant une mineure, Chuck Berry a vu sa carrière stoppée en plein vol. Little Richard, ce gay noir qui a tant défrayé la chronique, est devenu pasteur évangéliste. Quant à Jerry Lee Lewis, son mariage en 1958 avec Myra Gale Brown a quasiment mis fin à sa carrière. Parce qu'elle avait 13 ans et était la fille de son cousin.

 

Pourtant lorsque le Killer débarque à Hambourg, le rock se porte bien. Il est même en plein essor sous l'impulsion de grands fans des pionniers du rock 'n' roll. Sans Chuck Berry, sans Elvis, sans Little Richard, pas de Beatles, pas de Rolling Stones, pas de Kinks. Tous ces groupes leur sont redevables de quelque chose. Siegfried Loch le dit avec une certaine amertume, il n'y aurait pas de Beatles sans ces artistes. C'est pourquoi il a l'idée de produire un disque live d'une légende du rock 'n' roll dans le Star Club d'Hambourg, cette boite mythique où les Fab Four ont fait leurs premières armes. Jerry Lee Lewis accepte de se prêter à l'exercice. En résulte ce Live At Star Club, Hamburg, enregistré lors des deux prestations incendiaires que le Killer livre le 5 avril 1694 en Allemagne.

 

Quand ce dernier monte sur scène, il est bien décidé à monter à ces jeunes blanc-becs anglais qui est le patron. Le Killer est remonté. Et prêt à en découdre. Après les présentations d'usage, les hostilités démarrent fort avec le boogie Mean Woman Blues au groove imparable. Ce titre qu'Elvis chantait lui aussi en 1957 ouvre à merveille le concert. Plus frénétique que la version d'Elvis, moins sexy, elle permet de voir à quel point le Killer porte bien son surnom une fois installé derrière un piano qu'il martèle avec une frénésie rarement égalée dans le rock. Ce qu'il démontre avec encore plus d'aplomb sur High School Confidential, son hit de 1958 qui suit. Son chant est indéniablement moins grave et sensuel que celui de Johnny Cash ou de Roy Orbinson et moins frénétique et fou que celui de Little Richard. Il regorge pourtant d'une rage et d'une arrogance qui en inspireront plus d'un dans le rock. Cet homme est sur de lui, et ses cris, ses onomatopées et son timbre font ici des merveilles. Pas besoin d'être le meilleur techniquement quand on a cette hargne. Et lr cynique Money (That's What I Want) finira de mettre d'accord toute personne qui écoute ce live. On a affaire ici à un show d'une urgence incroyable. Le piano est sublime, rageur et furieux. Ce concert est tout simplement l'acte de naissance du MC5, des Stooges ou de Jim Jones Revue. Et ce n'est pas la fantastique reprise pleine de groove et d'énergie du What'd I Say de Ray Charles qui conclut la face A qui me fera démentir mes propos. Ce live s'impose d'emblée comme un des plus incendiaires de toute l'histoire du rock.

 

Mais ce n'était pratiquement qu'un échauffement. La face B qui commence avec le public scandant « Jerry ! Jerry ! », va voir se transformer ce concert incendiaire en un véritable brasier. Les hits s'enchainent ici, à commencer par le phénoménal et déchainé Great Balls Of Fire, que le Killer a publié en 1957. 1 min 48 de pur bonheur, pied au plancher, tous les compteurs dans le rouge. La voix de Jerry, son piano littéralement martyrisé, tout est parfait. Et sans laisser le temps de respirer l'auditoire, c'est le frénétique et jouissif Good Golly Miss Molly de Little Richard qui déboule. Le batteur se lâche complètement ici, et tel un bolide lancé en pleine vitesse sur l'autoroute, le titre nous percute de plein fouet. Jerry semble très content de lui à la fin du morceau. Il y a de quoi, on en redemande.

 

Même le Lewis' Boogie, seul morceau de cette face qui ne soit pas un tube est particulièrement intéressant. La guitare électrique se taille ici la part du lion, contre toute attente. Your Cheatin' Heart, reprise du chanteur country Hank Williams représente quant à elle la seule réelle pause de tout le disque. Jerry a parfois dit de manière provocante que le Rock 'n' roll lui a juste permis de payer ses disques de country, la musique qu'il affectionne vraiment. Ce morceau prouve en tout cas qu'il excellait dans les deux.

 

Et cette pause était nécessaire avant que ne déboule le trio final du disque, le frénétique Hound Dog d'Elvis en tête. Le meilleur morceau du disque avec Great Balls Of Fire? On ne retrouve en tout cas cette rage que rarement dans le rock. L'interprétation est frénétique, puissante, hargneuse. On comprend avec ce concert pourquoi même les punks se revendiquaient du rock n roll des années 50. Et la tension ne redescend pas avec le Long Tall Sally de Little Richard, qui est à nouveau tout bonnement parfait. Et que dire du terminal Whole Lotta Shakin' Goin' On? Ce tube publié par Jerry en 1957 est jouée ici de manière lourde, puissante, fiévreuse. Le piano a-t-il survécu à ce show? La question mérite clairement d'être posée...

 

Je dois bien vous avouer que je ne connaissais pas ce disque autrement que de réputation avant de le dégotter à 5 euros sur une brocante. Et j'ai été littéralement soufflé une fois la platine allumée. Il y a en effet très peu de performances aussi incendiaires qui ont été gravées sur un vinyle. Jerry Lee Lewis était peut-être moins sous le feu des projecteurs en 1964, mais ce concert au Star Club immortalisé pour la postérité démontre qu'il était encore et plus que jamais le « Killer ». Et il venait tout simplement de graver dans la cire un des meilleurs concerts de rock et de rock 'n' roll de tous les temps.

 

17/20 (NB : La note exprime juste le plaisir que j’ai ressenti personnellement à l’écoute, non pas une note de la technique musicale, ou même de la valeur réelle de l’album en général. Elle permet juste d’indiquer mon échelle de plaisir ressenti ici.)
 
Moi-même.

 

9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 01:12

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/0/09/Don%27t_Forget_Who_You_Are_Album_Cover.jpg

 

Tracks : Taking Over ; Don't Forget Who You Are ; Better Than That ; Out Of Control ; Bombshells ; Tonight ; What Condition Am I In? ; Fire In My Heart ; You're Gonna Get It ; Give Up ; Darkness in Our Hearts

 

Cher Miles,

 

De tous les artistes anglais actuels, tu es un de ceux qui attirent le plus ma sympathie. Pour pleins de raisons. Pour ton coté outsider permanent notamment. Et évidemment pour ton talent. Car depuis tes premiers pas forts intéressants avec The Little Flames, tu donnes à la musique ce que le nord de l'Angleterre a de mieux à offrir : de la bonne pop. Ton écriture n'y était pas encore à son zénith pour sur. Ni même au sein des Rascals, ce bon groupe qui t'a apporté en premier une certaine notoriété. Mais déjà, tu nous livrais de la (très) bonne musique. Des pop-songs comme seuls les natifs de la perfide Albion semblent capables d'en faire. 2008 a été une grande année pour toi. Car outre Rascalize, le premier album des Rascals qui eut un certain succès critique (et qui est très bon), tu as accouché avec le singe de l'arctique en chef d'un coup de maitre : The Last Shadow Puppets - The Age Of The Understatement (2008). Ton amitié avec Alex Turner, qui remonte aux tournées communes des Arctic Monkeys avec The Little Flame puis The Rascals, est devenue une collaboration de premier ordre. Peu sont les disques pop sortis ces dernières années à dégager une telle aura. The Age Of Understatement, en plus de révéler les dons polymorphes de Turner, te donnait enfin la place que tu mérites. Votre duo est un des meilleurs de la décennie anglaise, loin des idioties d'un couple Doherty/Barat. De là, tu t'es très habilement lancé en solo. A fort juste titre. Ton premier album Miles Kane - Colour Of The Trap (2011), s'il n'est pas parfait, est très plaisant. Les singles qui en ont été tirés, les très rock Come Closer, Inhaler ou le sublime Rearrange démontraient que même seul, tu es un des meilleurs song-writers anglais modernes.

 

Depuis, tu as continué ton chemin en publiant deux EPs sous ton nom : First Of My Kind et Give Up, sorti au début de cette année. Ce dernier laissait cependant planer quelques doutes. Le morceau titre était loin d'être fameux. Lorsque tu as annoncé que cette chanson se situerait sur ton deuxième album solo qui paraitrait le 3 juin, je dois bien t'avouer une certaine perplexité chez moi. Cette tambouille à grosses guitares électriques et au refrain pompier ne ressemblait pas vraiment à la pop racée et élégante à laquelle tu m'avais habitué.

 

« N'oublies pas qui tu es ». Joli titre, Miles. Vraiment. Jolie pochette aussi où tu poses fièrement devant la boucherie familiale. Mais malheureusement, j'aurai préféré que tu t'appliques à toi-même ce titre. Car j'ai bien l'impression que tu oublies un peu ici qui tu es. Pourtant, tu es à nouveau bien entouré. On retrouve à l'écriture à tes cotés Ian Broudie, producteur de The Fall et d'Echo And The Bunnymen et qui produit ce disque, Andy Partridge de XTC, Kid Harpoon qui travaille avec Florence And The Machine et le vétéran pop-punk Paul Weller. Du bien beau monde, mais qui n'a pas su tirer le meilleur de toi si tu veux mon avis. Là où Alex Turner sait si bien te faire transcender ton écriture, tes nouveaux copains de jeux t'ont fait écrire des morceaux très bruts de décoffrage. Presque basiques. Tu maitrises très bien le rock normalement, Come Closer en est la preuve. Mais là ça ne marche pas.

 

Les titres de cet opus sonnent en effet un peu patauds. Ni nerveux, ni puissants. Juste un peu pompiers et au final peu convaincants. Pourtant Taking Over et Don't Forget Who You Are qui ouvrent le disque ne sont pas en soit des mauvais titres. Oui, mais ils ne sont pas bon non plus. Je les oublie très vite et je ne tape pas non plus du pied en les écoutant.

 

La formule consistant à te réapproprier T-Rex, les Jam et les Who ne marche pas ici. Les chansons sont vaines. Ça me fait d'autant plus mal quand je pense aux morceaux qui ouvrent Colour Of The Trap. Et toutes les chansons de la galette sont à l'avenant. Des grosses guitares qui sonnent assez platement au final, des refrains téléphonés et pompiers qui sont fatiguant, des mélodies qu'on oublie vite... Mince, moi qui avait tant adoré le coté novateur que tu apportais à la pop au sein des Last Shadows Puppets ou sur certains titres de Colour Of The Trap... Me voilà fort désappointé.

 

D'autant plus que quand tu poses tes grosses guitares, tu révèles qui tu es vraiment Miles. Un bon songwriter. J'en veux pour preuve les deux perles acoustiques qui surnagent complètement au milieu de ce disque fort médiocre : Out Of Control et Fire In My Heart. A eux deux, ces morceaux rendent les autres vulgaires. Le premier avec son orchestre et sa très belle guitare acoustique évoque les grandes heures de la pop de Liverpool. L'alliance entre les cordes et ta guitare qu'elle soit acoustique ou électrique donne un écrin à ta voix bien supérieur à tout ce que tu as fais d'autre sur l'album. Miles, ce morceau est sublime. De même Fire In My Heart est une très belle ballade acoustique où là encore le soutien du discret piano est absolument délicieux. Tu y chantes divinement bien. Comment veux-tu qu'avec deux telles pépites sur ton disque, le reste n'en paraisse pas ennuyeux?

 

A dire vrai, je crois que tu as un peu oublié qui tu es Miles. Ce disque, je le trouve indigne de toi. Non pas qu'il soit horrible au fond. Mais il n'est pas à ta hauteur. Seuls les deux morceaux acoustiques expliquent toute l'affection que j'ai pour toi. Certes, Give Up se tient, Taking Over aussi... Mais ce n'est pas suffisant, surtout à l'heure où de jeunes loups comme Jake Bugg rodent. Disons que c'est une erreur de parcours, ça arrive. On te pardonne volontiers. Mais il ne faudra pas nous refaire le coup trop souvent, que ce soit avec The Last Shadow Puppets dont un disque est annoncé pour bientôt ou en solo. Pour ne pas qu'on oublie qui tu es, c'est à dire un type plein de talent.

 

08/20 (NB : La note exprime juste le plaisir que j’ai ressenti personnellement à l’écoute, non pas une note de la technique musicale, ou même de la valeur réelle de l’album en général. Elle permet juste d’indiquer mon échelle de plaisir ressenti ici.)
 
Moi-même.

 

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29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 13:46

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/9/90/Queens_of_the_Stone_Age_-_Rated_R.png

 

Tracks : Feel Good Hit Of The Summer ; The Lost Art Of Keeping A Secret ; Leg Of Lamb ; Auto Pilot ; Better Living Through Chemistry ; Monsters In the Parasol ; Quick And To The Pointless ; In The Fade ; Feel Good Hit Of The Summer (Reprise) ; Tension Head ; Lightning Song ; I Think I Lost My Headache

 

En 2000, le Stoner rock se porte bien. Dans la lignée poussiéreuse de Kyuss, des dizaines de groupes se sont engouffrés. Bières, soleil de plomb, rythmique enfumées, guitares lourdes. Tous ces groupes, parfois emmenés par des anciens de Kyuss (Unida ; Hermano ; Fu Manchu) en font leur credo. Mais dans le désert de Palm Beach, un Homme fourbit ses armes. Joshua Homme, apathique rouquin qui officiait déjà dans Kyuss. A grands coups de riffs lourds, de rythmique implacable et de marijuana, un groupe nouveau nait. Une tribu du stoner même, plus qu’un réel groupe : Queens of The Stone Age. Après un premier album éponyme tout à fait correct qui acquitte son tribut à son ancien groupe, Josh Homme est rejoint par de vieux compères de route. Nick Olivieri, ancien de Kyuss, intègre le groupe en tant que bassiste pour la tournée du premier album. Mark Lanegan, ancienne icône grunge à la voix rauque et déglinguée se joint aussi à cette étrange galerie de gueules cassées. Il y retrouve des gens comme Dave Catching ou Chris Goss, qui a lui aussi travaillé avec Kyuss, Screaming Trees (tiens tiens…) ou Stone Temple Pilots. Même les glorieux anciens passent le temps d’une chanson auprès de la tribu d’Homme, comme c’est le cas de Rob Halford, charismatique chanteur de Judas Priest. Les Queens Of The Stone Age ainsi parés n’ont plus qu’à poursuivre leur route, implacablement. Ce qu’ils font, à grands renforts de drogues en tout genre, en enregistrant leur second album, qui parait le 6 juin 2000. Rated R. Littéralement interdit aux mineurs. On ne peut pas dire que le groupe n’avait pas prévenu.

 

L’introduction, Feel Good Hit Of The Summer enfonce un clou chauffé à blanc dans le cercueil. Ce morceau n’est qu’une longue énumération de produits stupéfiants, qu’Homme déclame d’une voix apathique et narquoise. A Palm Beach comme bien des trous paumés du monde, on supporte la vie à grand coups de substances en tout genre. Nicotine, valium, vicodine, ecstasy et alcool. Un peu de cocaïne pour rompre la monotonie de la vie et vous obtenez le cocktail parfait de ce morceau d’ouverture, apathique sur les couplets et explosif sur les refrains (où la cocaïne est à l’honneur). Les guitares lourdes, la voix d’Homme, les chœurs (où on retrouve Rob Halford), le riff de basse enfumé et le solo frénétique font de ce court morceau d’intro (2min43), un hymne jouissif à la défonce. Telle une trainée de poudre, l’album est prêt à s’enflammer.

 

Pourtant The Lost Art Of Keeping A Secret pourrait s’apparenter à une ballade. Et est surtout un putain de bon morceau, doublé d’un tube. Ce fut d’ailleurs le premier single de l’album, et on comprend aisément pourquoi. C’est ici que Queens of the Stone Age marque sa différence avec le reste de la nébuleuse stoner dont Homme réfute même jusqu’à l’appellation. Son chant doux et plus fluet (comparez avec John Garcia ou même Lanegan) fait des merveilles sur cette ballade très classique, où les guitares sont reléguées en arrière plan. La structure pop du morceau, son refrain doux et accrocheur, le son des guitares… Tout est sublime ici.

 

Le disque repart ensuite vers des horizons plus enfumés et plus psychédéliques. Tel un mirage suscité par la chaleur, c’est un sacré morceau, Leg Of Lamb qui apparaît. Le riff se fait robotique et lourd, un peu répétitif et le chant d’Homme se fait un peu désincarné. Pas de quoi se relever la nuit, mais un bon morceau avec un final assez pop appréciable. Avec Monsters In The Parasol, on tient ici les morceaux (hors ceux d’Olivieri) que j’aime le moins du disque, mais ils dégagent une franche honnêteté appréciable.

 

Auto Pilot est justement un des trois morceaux chantés par Nick Olivieri sur la galette. Il est de loin le meilleur des trois à mon gout. Planant et faisant là encore clairement référence à la drogue (le pilote automatique évoque la perte de contrôle lorsque le produit agit), ce morceau lancinant aux guitares psychédéliques et au rythme lent est tout bonnement excellent. Ce n’est malheureusement pas le cas des deux autres morceaux chantés par Olivieri, Quick And To The Pointless et Tension Head. Deux courts morceaux (1min42 et 2min52) aux relents punks hardcore clairement assumés. Je les trouve criards et parfaitement insupportables. Les deux points noirs du disque.

 

Mais ce sont bien les seuls. Car tout le reste du disque est ahurissant. A commencer par Better Living Through Chemistry, véritable invitation au voyage dans les paradis artificiels. Ce long morceau (5min49) est planant à souhait, notamment grâce à l’écho dans la voix d’Homme qui semble complètement planer au dessus de l’auditeur et grâce au son des guitares, acide à souhait. Tel un buvard, ce morceau emmène l’auditeur loin, très loin… Et le solo de guitare qui fait le pont, aigu et agressif pourrait faire virer le voyage au bad trip, mais au final il n’en est rien… Il est définitivement meilleur de vivre grâce à la chimie.

 

In The Fade est un autre morceau de grande classe. Notamment parce qu’il accueille au chant Mark Lanegan, ancien chanteur de Screaming Trees. Sa voix rauque et éraillée, reconnaissable entre mille, apporte un cachet immédiat à ce morceau. Sans lui le morceau serait bon, mais sans plus. Grâce à sa présence, cette ballade devient crépusculaire et son atmosphère menaçante et belle. Son rythme lent, ses guitares lourdes sans être étouffantes, tout est réuni pour faire de cette chanson un des piliers du disque. A noter la reprise très courte de 34 secondes de Feel Good Hit of The Summer à la fin.

 

Le trip se conclue avec deux de ses meilleurs moments : l’instrumental Lightning Song et I Think I Lost My Headache. Le premier est un court (2min10) intermède à la guitare acoustique 12 cordes soutenu par de discrètes percussions. L’ensemble composé par Dave Catching sonne très hippie… Mais je ne m’en plains pas tant c’est plaisant et audacieux de placer ce genre de morceaux sur un tel album. Un peu comme les perles acoustiques de Led Zeppelin. La conclusion est assurée par I Think I Lost My Headache. Le meilleur morceau du disque. Le préféré d’Homme aussi. Et on le comprend aisément tant ce titre au riff lourd et poisseux dégage une ambiance angoissante et sombre. Les paroles, qui traitent de la paranoïa sont à l’avenant. Le trip est fini. La descente se fait angoissante. Et lorsqu’on bout de 4min30 le morceau se met à accélérer comme un manège qui s’emballe, le retour d’acide semble prendre forme. Jusqu’à ce qu’une fanfare vienne se joindre au groupe et se fasse de plus en plus stridente. Une fin en fanfare. La pilule nous emmène dans un cauchemar paranoïaque. Clap de fin. Rated R. Interdits aux biens pensants. Nous étions prévenus.

 

Ce sur quoi nous étions moins prévenus, c’est sur la qualité de ce disque. Qui est à mon gout le meilleur de Queens Of The Stone Age. Concis et percutant, ce disque contrairement aux autres du groupe n’a que très peu de temps morts. Tout au plus Leg Of Lamb et Monsters In The Parasol sont anodins, et Quick And To The Pointless et Tension Head vraiment désagréables. Mais pour le reste, ce voyage vers les paradis artificiels est parfait. Des deux bombes d’intros Feel Good Hit Of The Summer ; The Lost Art Of Keeping A Secret à Better Living Through Chemistry ; In The Fade et I Think I Lost My Headache, le groupe enchaine ici les bons morceaux comme s’enchainent les pilules de toute sorte. "RESTRICTED TO EVERYONE, EVERYWHERE, ALL THE TIME" dit la pochette. Comme toute censure, celle-ci est faite pour être violée allègrement, avec une jouissance décuplée.

 

16,5/20 (NB : La note exprime juste le plaisir que j’ai ressenti personnellement à l’écoute, non pas une note de la technique musicale, ou même de la valeur réelle de l’album en général. Elle permet juste d’indiquer mon échelle de plaisir ressenti ici.)
 
Moi-même.

27 août 2013 2 27 /08 /août /2013 14:46

Voilà, celà fait aujourd'hui quatre ans que le blog est ouvert.

 

L'année écoulée n'a pas été d'une activité folle, et je m'en excuse. L'année n'a pas été spécialement évidente pour moi, mais je prends toujours autant de plaisir à écrire, même si c'est peu fréquent. J'espère simplement que vous prenez du plaisir à lire les rares chroniques et que surtout vous êtes toujours aussi curieux en matière de rock... Merci en tout cas à vous de me lire.


En espérant que j'arrive à écrire ici encore pour un moment, je vous dis à bientôt! Et n'oubliez pas... Ce n'est que du rock n 'roll, mais c'est ce qu'on aime!

 

Moi-même.

 

 


 
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21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 14:03

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/8/85/Nirvana-Incesticide.jpg

 

Tracks : Dive ; Sliver ; Stain ; Been A Son ; Turnaround ; Molly’s Lips ; Son Of A Gun ; (New Wave) Polly ; Beeswax ; Downer ; Mexican Seafood ; Hairspray Queen ; Aero Zeppelin ; Big Long Now ; Aneurysm

 

Qui aurait pu parier sereinement sur l‘avenir de Nirvana en 1990 ? Peu de gens, je suppose. Car si Nirvana - Bleach (1989) n’est pas un mauvais album (loin de là), il est loin d’être annonciateur de la légende que deviendra le trio de Seattle quelques années plus tard. Et pourtant, il faut saluer le flair des gens de chez Geffen, suffisamment habiles pour débaucher Nirvana du petit label indépendant Subpop, qui détenait les droits des premiers enregistrements de Nirvana. La major fut en outre suffisamment intelligente pour allouer au groupe les services du producteur Butch Vig. Ce qui malgré les protestations des fans et de Cobain, n’est ni plus ni moins qu’un éclair de génie.

 

1991 : la tournade Nevermind est passée. Emmené par quatre singles majestueux (Smells Like Teen Spirit ; Come As You Are ; Lithium ; In Bloom), le disque cartonne et remet le rock à guitares à la mode pour de longues années. Pourtant l’histoire de Nirvana, et à fortiori du grunge, n’a pas commencé avec Nevermind, ou même Ten de Pearl Jam. Bien vite, les fans du trio formé par Kurt Cobain, Krist Nosovelic et Dave Grohl s’intéressent aux premiers enregistrements du groupe, gravés chez Subpop. Bleach bien entendu, mais pas uniquement. Des pirates sur les premiers enregistrements du groupe se mettent à circuler sur le marché noir. Au grand désarroi de Cobain qui juge ces bootlegs de mauvaise qualité, et prend la décision de publier officiellement une compilation qui regrouperait divers enregistrements de l’époque Subpop, ainsi que certains de chez Geffen. Le label indépendant ne se fait pas prier et très vite un accord est trouvé. La compilation, nommée Incesticide est publiée le 14 décembre 1992 sous une pochette dessinée par Cobain, et un an après Nevermind, vise à poursuivre la folie Nirvana. Avec succès ?

 

De manière très normande, je dirais oui et non. Car Incesticide est clairement un disque de transition pour Nirvana, qui ne l’a d’ailleurs pas pensé en tant qu’album. Il y a de tout ici, des morceaux relativement expérimentaux aux bombes pop-grunge que le groupe enfilait comme des perles entre 1991 et 1994. Le début du disque fait d’ailleurs la part belle à des morceaux qui auraient pu faire des singles tout à fait satisfaisants. Derrière la production lourde de Butch Vig et ses grosses guitares, Dive est par exemple un morceau plutôt bien écrit, assez lancinant et plaisant. Il aurait pu se trouver sur Bleach, mais il annonce quelque part déjà la suite de ce que sera Nirvana : un groupe de pop qui se cache derrière de grosses guitares.

 

Une impression renforcée par les morceaux suivants, le tubesque Sliver en tête. Là clairement, ce titre aurait pu se trouver sur Nevermind ou In Utero. C’est une véritable bombe pop, bien composée (ce refrain !), porté par une très bonne ligne de basse et où la rage du groupe, conjuguée au texte très personnel de Cobain (qui évoque ici le divorce de ses parents) fait littéralement des merveilles. Un clip fut même tourné pour ce morceau, mais ne fut jamais utilisé, et c’est bien dommage tant il mérite de figurer parmi les meilleurs titres du combo. On le retrouve d’ailleurs sur le best-of, ce qui est on ne peut plus logique. Une des pépites cachées du groupe.

 

Il en va de même pour Been A Son, morceau assez bref et peu connu du trio, mais qui est clairement excellent. Tout comme Sliver, ce morceau est clairement pop : le refrain est dévastateur, se retient vite et bien, et les instruments sont bien équilibrés entre guitares lourdes et rythmique carrée (notamment la batterie assurée ici par Dave Grohl). Le chant de Cobain achève de nous conquérir sur ce titre enregistré le 9 novembre 1991 à une BBC Session pour Mark Goodier. Aneurysm, qui conclut le disque et qui a été enregistré lors de la même session démontre bien qu’au-delà de ceux de Nevermind, Nirvana avait composé un bon nombre de très grands morceaux en 1991.

 

La compilation est aussi complétée avec trois reprises, jouées lors d’une autre BBC session du 21 octobre 1990 pour le légendaire DJ anglais John Peel. Il s’agit de Turnaround (du groupe Devo), de Molly’s Lips et de Son Of A Gun des Vaselines. On le sait, Nirvana a été doué tout au long de sa carrière pour faire des reprises. C’est le cas sur Nirvana - Unplugged In New York (1994), mais c’est aussi déjà le cas ici. Ces reprises sont extrêmement plaisantes, notamment la très belle et très connotée Molly’s Lips qui semble parler de drogue. Son of A Gun est aussi un très bon morceau, et au final le moins qu’on puisse dire, c’est que Nirvana était très à l’aise pour jouer les morceaux des Vaselines (Jesus Doesn’t Want Me For A Sunbeam sur l’Unplugged est aussi d’eux) !

 

La suite se fait avec une version alternative de Polly assez intéressante, plus rapide et électrique que celle de Nevermind mais qui est à mon sens inférieure à l’originale ou à celle de l’Unplugged.

 

Le dernier tiers du disque (Aneurysm excepté) est composé de six morceaux assez punks dans l’âme, enregistrés entre janvier 1988 (Beeswax ; Downer ; Mexican Seafood ; Hairspray Queen et Aero Zeppelin) et les sessions de Bleach en décembre 1988 et janvier 89 (Big Long Now). Je dois bien avouer que c’est à ce moment là que je décroche d’Incesticide. Cette facette punk et juvénile de Nirvana ne me passionne pas outre mesure, à l’exception du lancinant et intéressant Big Long Now, qui aurait vraiment pu se trouver sur Bleach. Un album que je n’apprécie pas outre mesure, même s’il reste tout à fait correct. Et ces morceaux du début de Nirvana sont à mon gout assez laborieux et au final assez dispensables, à moins d’être un fan absolu du combo…

 

Voilà qui gâche donc un peu mon appréciation globale d’Incesticide. Ce qui est dommage. Car clairement, on a affaire ici à une bonne compilation, complète et instructive, mais qui bat un peu le chaud et le froid. D’un coté, il y a de vrais bons morceaux, notamment ceux enregistrés après 1990, et quelques pépites méconnues du groupe (Sliver ; Dive ; Been A Son ; Aneurysm). Les reprises sont aussi extrêmement agréables. D’un autre coté, la compilation couvre les premiers enregistrements du trio, et là clairement j’en suis moins friand. Néanmoins, si Nevermind et In Utero restent largement meilleurs, un amateur du groupe gagne clairement à poser une oreille sur Incesticide, tant il contient de bonnes choses. Pour fans.

 

13/20 (NB : La note exprime juste le plaisir que j’ai ressenti personnellement à l’écoute, non pas une note de la technique musicale, ou même de la valeur réelle de l’album en général. Elle permet juste d’indiquer mon échelle de plaisir ressenti ici.)
 
Moi-même.

1 août 2013 4 01 /08 /août /2013 16:54

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/f/fc/Acdc_high_voltage_international_album.jpg

 

Tracks : It’s A Long Way To The Top (If You Wanna Rock ‘n’ Roll) ; Rock ‘n’ Roll Singer ; The Jack ; Live Wire ; T.N.T. ; Can I Sit Next To You Girl ; Little Lover ; She’s Got Balls ; High Voltage

 

En 1975, le hard-rock est indéniablement en plein essor. Derrière les pionniers du genre qui ont explosés tous les records de puissance et de décibels au début de la décennie (Led Zeppelin, Black Sabbath, Deep Purple), des dizaines de groupes s’engouffrent, élargissant le sillon d’un blues-rock très lourd et puissant. 1975 est une grande année pour le hard. Led Zeppelin livre avec Led Zeppelin - Physical Graffiti (1975)  son album le plus fourni et ambitieux, Black Sabbath fonde quasiment le futur thrash metal avec Sabotage, tandis qu’Aerosmith devient un grand groupe avec son troisième disque Aerosmith - Toys In The Attic (1975), qu’Alice Cooper choque à nouveau l’Amérique avec Welcome To My Nightmare et que Kiss assoie sa réputation scénique avec le double live Alive !, grand classique du hard rock en concert. Et pourtant, le phénomène hard-rock ne concerne pas uniquement les anglais et les américains. 1975 voit l’émergence d’un futur géant du hard rock germanique avec In Trance, le troisième album de Scorpions, et voit surtout un nouveau groupe débouler tout droit d’Australie, toutes guitares électriques en avant : AC/DC. A l’époque, le groupe n’en est qu’à ses débuts, mené par un juvénile Angus Young déjà épaulé par son frère Malcolm à la guitare rythmique, Mark Evans à la basse, Phil Rudd derrière les futs et bien accompagné par un chanteur dont la voix sera (et est toujours) une des plus impressionnantes du hard : celle de Bon Scott.

 

C’est en 1975 que les deux premiers disques du groupe (T.N.T. et High Voltage) sortiront en Australie. Mais c’est grâce à une version internationale de High Voltage, retravaillée (elle comprend des morceaux des deux disques australiens) et publiée en 1976, que le groupe va faire son entrée fracassante dans le panthéon du hard-rock. C’est sur cette version d’High Voltage que je me penche aujourd’hui.

 

Clairement, si certains groupes ne prennent leur essor qu’après plusieurs albums (c’est le cas d’Aerosmith par exemple, qui ne deviendra énorme qu’à partir de Toys In the Attic et Rocks), les joyeux lurons d’AC/DC frappent fort d’entrée de jeu. Le premier morceau, qui servira de single au disque est une vraie profession de foi du rock binaire : It’s A Long Way To The Top (If You Wanna Rock ‘n’ Roll). Les paroles sont ultra basiques (évoquant le long chemin à parcourir pour devenir une rock star), mais permettent de faire connaissance avec la voix de Bon Scott. Ce n’est pas sa meilleure prestation vocale (il y a mieux, même sur le disque), mais clairement, ce chant blues éraillé, avec une gouaille et une puissance inimitables est délicieux. Si AC/DC est un groupe qui me fatigue pas mal ces dernières années (j’ai du mal avec Black Ice ou même The Razor’s Edge par exemple), la voix de Bon Scott (sans critiquer aucunement Brian Johnson), fait tout le charme de leurs premiers enregistrements. La rigueur et la précision rythmique du groupe (ce qui est d’ailleurs toujours sa marque de fabrique), la production rugueuse, la mélodie très entrainante du refrain et le surprenant mais finalement génial break de cornemuse finissent de faire d’It’s A Long Way To The Top (If You Wanna Rock ‘n’ Roll) le premier classique instantané du groupe. Le premier d’une longue série.

Mais des classiques, ce premier disque en compte (déjà !) plusieurs. A commencer par The Jack, morceau proprement ahurissant qui est toujours joué en live par AC/DC. Une des chansons  les plus ouvertement blues de leur répertoire d’ailleurs. Un titre qui pue allègrement le sexe et le whisky. Et qui parle surtout du premier. Sur un rythme très lent et lascif, Bon Scott se laisse aller à un chant extrêmement sexuel, véritable hymne misogyne à la baise. Et que dire de la guitare d’Angus, qui se révèle ici l’élève studieux (comme le montre sa tenue) de Muddy Waters ou de Jimmy Page ? Béatiquement sexuel, simplement jouissif. Du riff de guitare, de la rythmique excellente et prenante au chant éraillé et plein de gouaille, tout est parfait.

 

La face A du disque est d’ailleurs particulièrement jouissive car elle contient aussi un autre petit classique du groupe, Live Wire, qui sera publié en single à l’époque. On n’est pas au niveau de The Jack ou d’It’s A long Way To The Top (if You Wanna Rock ‘n’ Roll), mais la rythmique très lourde, notamment la batterie de Phill Rudd et les prouesses à la guitare d’Angus qui livre ici un joli solo, couplé avec l’énergie farouche du groupe font de ce titre un morceau très solide du répertoire du groupe à ses débuts. Ce qui associé avec l’efficace et sympathique Rock ‘n’ Roll Singer fait de la face A de ce disque une entrée en matière discographique qui pourrait être enviée par bien des groupes.

 

Mais c’est encore un énorme classique d’AC/DC qui nous accueille sur la face B, avec le dantesque et joyeusement régressif T.N.T. Clairement, on a affaire ici à un morceau taillé pour les stades. Clairement, on a affaire à un hymne du rock n roll binaire, tant son riff est addictif et tant les chœurs scandant le « oi,  oi, oi ! » en intro et après le solo de guitare sont grégaires et jouissifs. Le rythme du morceau, bien servi par Phil Rudd et l’usage des contretemps et des silences (qui permettent de caser d’autres « oi, oi, oi » en concert) en font un gros pilier du répertoire live du groupe. Monstrueux, et magnifié en concert (comme sur le live At Donington de 1992).

 

Après ça, un morceau plus boogie rock (qui m’évoque un peu Status Quo d’ailleurs) comme Can I Sit Next To You Girl parait nettement plus anodin. Il l’est, mais n’est pas forcément mauvais pour autant. Révélant les racines blues et boogie du groupe,  il est surtout sublimé par le timbre bluezy et la gouaille sexuelle de la voix éraillée de Bon Scott. On n’imagine moins le plus puissant Brian Johnson sur ce titre. De même, le langoureux et torride blues Little Lover est caractéristique des débuts d’AC/DC. Le riff est un peu sale, la rythmique assez lente et lourde et le chant de Bon Scott est éraillé et un peu vicieux. Même le solo de guitare d’Angus, loin de son style futur, vaut le coup qu’on s’y arrête, même si sur cet album, The Jack est nettement plus fédérateur et puissant. L’amusant She’s Got Balls (quelle poésie !) vaut lui aussi pour son rythme fait pour taper une chope de bière sur un comptoir de pub et pour le chant primal et primaire de Scott, qui répond à merveille aux soli d’Angus dans un joli dialogue musical. Enfin le morceau titre qui clôt l’album, s’il est paradoxalement celui que j’aime le moins ici, dégage un capital sympathie susceptible de satisfaire n’importe quel amateur de rock, sans pour autant le transcender.

 

De toute façon, n’importe quel amateur de rock plus ou moins musclé devrait trouver son compte à l’écoute de ce premier essai international d’AC/DC. Car High Voltage est à mon sens un des opus les plus attachants du combo australien. Révélant à merveille les influences blues du groupe, ce disque à la production rugueuse propose déjà la formule qui fera de ce groupe un monstre du hard-rock : rythmique millimétrée, guitare hard-blues survoltée et chant surpuissant et extrêmement sexuel. Il contient en outre trois grands classiques du groupe, It’s A Long Way To The Top (If You Wanna Rock ‘n’ Roll), The Jack et T.N.T. et ne contient aucun titre réellement mauvais. Tout au plus Rock ‘n’ Roll Singer, She’s Got Balls et High Voltage sont anodins. Un disque qu’au final, je trouve plus attachant que le mythique Highway To Hell, et que j’écoute plus souvent (et qui est un de mes préférés d’AC/DC avec Let There Be Rock et AC/DC - Back In Black (1980)). Des débuts en fanfare, assurément.


15/20 (NB : La note exprime juste le plaisir que j’ai ressenti personnellement à l’écoute, non pas une note de la technique musicale, ou même de la valeur réelle de l’album en général. Elle permet juste d’indiquer mon échelle de plaisir ressenti ici.)
 
Moi-même.

7 juillet 2013 7 07 /07 /juillet /2013 04:13

http://www.dslmag.com/v6/wp-content/uploads/2013/01/Ty_Segall___Mikal_Cronin_-_Reverse_Shark_Attack__Front_Cover_.jpg

 

Tracks : I Wear Black ; Drop Dead Baby ; High School ; Ramona ; Doctor Doctor ; Bikini Babes ; Take Up Thy Stethoscope And Walk ; Reverse Shark Attack

 

L'histoire de ce disque commence vers 2004, sur les bancs d'un lycée de Laguna Beach en Californie. C'est dans ce lycée que deux adolescents se rencontrent et décident de former un groupe, qu'ils appellent Epsilons. La bande de lycéens enregistrât trois albums, trois décharges soniques de punk juvénile qui allaient marquer les esprits, jusqu'à ce que les deux adolescents repartent chacun de leur coté, vers 2007. Dans des groupes différents. Pourtant Ty Segall et Mikal Cronin ne devaient pas en rester là. Quelques mois plus tard, tandis que Ty commence à percer en solo avec son premier album éponyme et Lemons, il retrouve Mikal et décide d'enregistrer un disque en collaboration avec celui qu'il appelle son « frère musical ». En ressort en cette année 2009 Reverse Shark Attack dont la loufoque (et laide) pochette reflète la folie créatrice et la complicité qui règnent entre ces deux jeunes hommes durant l'enregistrement.

 

Lorsqu'I Wear Black se lance, on se dit que ce disque collaboratif est définitivement placé sous le signe de la folie. On est pourtant habitué au travail en solo ou en groupes des deux énergumènes, qui n'ont pas livré les disques les plus sains d'esprit de ces dernières années. Mais là dès l'entame, on sent que ce disque sera aussi barré que sa pochette. C'est bien simple : le son est dégueulasse et incroyablement tordu, psychédélique à souhait. A vous faire passer un morceau des Seeds pour une ballade des Beatles.

 

Et ça ne va pas en s'arrangeant tout au long de la face A du disque (qui va jusqu'à Take Up Thy Stethoscope And Walk). Drop Dead Baby, au titre si charmant, donne en effet l'impression d'avoir été enregistré au fin fond d'un caverne, tant la rythmique s'assimile à grondement ténébreux. Le terme garage-rock prend ici tout son sens, bien plus que chez certains poseurs. Le chant, assuré par Segall et Cronin semble faire revenir d'outre tombe le spectre de Lux Interior, le chanteur des Cramps décédé la même année. Il est littéralement possédé, caverneux et sombre, et surtout incroyablement distordu et empli d'écho. Ce chant, ajouté à la section rythmique brutale et étouffée et aux guitares noyées sous la fuzz et la distorsion crée une ambiance de folie sur l'ensemble de ces morceaux garage-punk de la face A.

 

Tous ces morceaux sont d'ailleurs très courts et extrêmement brutaux. Le plus long, en dehors de Take Up Thy Stethoscope And Walk, fait 2min20 environ, et certains tournent autour d'1min30 (Ramona ; Doctor Doctor ; Bikini Babes). Pas de chichis ici, pas de préliminaires. La plus pure tradition punk. Tout est joué pied au plancher, potards à fond, six décharges de garage psychédélique d'une sauvagerie assez difficile à comprendre, surtout en 2009.

 

La seule petite accalmie de la face A est finalement située à la fin avec la reprise de Take Up Thy Stethoscope And Walk, morceau issu de Pink Floyd - The Piper At The Gates Of Down (1967). Si convoquer ici l'esprit de Roger Waters est plutôt surprenant, on constate le bon goût de ces deux jeunes gens qui livrent une reprise légèrement plus longue et plus garage que l'originale, mais qui reste très fidèle à l'esprit psychédélique du Floyd originel. C'est d'ailleurs de loin le meilleur morceau de la face A, même si I Wear Black ou Bikini Babes sont tout à fait sympathiques dans leur genre.

La face B du disque est quant à elle occupée dans son intégralité par un seul morceau, qui donne son nom au disque, Reverse Shark Attack. Si la face A qui fait approximativement une bonne quinzaine de minutes était constituée de six décharges de garage hyper violentes et d'une reprise, Reverse Shark Attack prend lui le contrepied en proposant une sorte de mini symphonie garage-surf de plus de 10 minutes.

 

Le morceau est en effet divisé en plusieurs segments qui alternent les différentes ambiances. Si le début commence de manière extrêmement psychédélique et lourde, le morceau se calme assez vite vers 1min30 pour tourner à la ballade surf psychédélique au son de guitare très proche de celui des années 60. Le chant très clair et la mélodie très pop de ce segment font d'ailleurs penser à une collaboration ultérieure de Ty Segall avec White Fence : Ty Segall & White Fence - Hair (2012). C'est vers 3min50 que le titre redevient plus étrange, sans pour autant redevenir sauvage et il semble se conclure dans un fracas de guitare vers 5min30. Fausse alerte, car c'est à ce moment qu'un riff très surf-rock et une batterie très énergique entrent en scène. Ce segment, qui est probablement le meilleur du morceau évoque très clairement le générique de Pulp Fiction (on peut aisément crier au plagiat à partir de 7min20) et conclut très efficacement et énergiquement ce morceau et le disque qui porte son nom.

 

Reverse Shark Attack vaut donc principalement pour son morceau titre, soyons clair. Cet album n'est en effet pas un des meilleurs disques produits par Ty Segall ou même par Mikal Cronin (qui a à son actif des disques solo très sympas). Les deux amis ont même produit bien mieux ensemble (Slaughterhouse avec le Ty Segall Band). Car ce disque, s'il propose un très bon et long morceau en face B et une reprise de Pink Floyd très efficace n'est qu'un concentré de courts morceaux garage-punk vite lassants. Sa brièveté, ainsi que son excellent morceau titre lui donne tout son attrait. A ne réserver qu'à un public très amateur de garage donc, ou aux fans de Ty Segall et de Mikal Cronin qui n'y bouderont pas leur plaisir.

 

12,5/20 (NB : La note exprime juste le plaisir que j’ai ressenti personnellement à l’écoute, non pas une note de la technique musicale, ou même de la valeur réelle de l’album en général. Elle permet juste d’indiquer mon échelle de plaisir ressenti ici.)
 
Moi-même.

 

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